Dans ma corral du marathon d’Ottawa, je repère la personne aux oreilles de lapin qui tient la pancarte indiquant le temps que je vise pour compléter l’épreuve de 42,2 km : 4 h. Pour y arriver, mon corps doit courir à une vitesse de 10,6 km/h, ce qui me paraît réaliste et relativement simple. Un peu trop peut-être, car mon esprit a eu envie de relever le niveau de difficulté de ce long trajet monotone…

Je passe l’arche du départ et mes yeux ne quittent plus les oreilles du lapin du 4 h. Transportée par l’effervescence du début, j’accélère à 11,4 km/h, une manoeuvre audacieuse. J’aperçois au loin les oreilles du lapin de 3 h 55… Droites et longues, elles pointent vers un sommet alléchant. Et si j’arrivais à les suivre jusqu’à la fin? Le jus de betteraves que j’ai bu et l’étape du 10 km que j’ai franchie sans fatigue en 55:10 me convainquent de tester la machine!

Emballée, j’accélère à 12 km/h sans trop m’en rendre compte et je dépasse le lapin de 3 h 55, une manoeuvre téméraire (ou stupide LOL) qui me permet de passer l’étape du 21 km en 1 h 57. Sans tarder, le lapin de 3 h 55 reprend les devants et ses oreilles disparaissent au loin… Arrivée au 22e km, je casse. Des crampes déchirent mes mollets et mes quadriceps s’enflamment. Je marche pour briser l’enchaînement des pensées qui me crient la question : comment puis-je terminer la course dans cette douleur atroce?

Je me souviens alors de la différence entre la douleur et la souffrance. La douleur est physique et inévitable. Je dois l’inclure dans mon expérience pour courir les 20 km restants. La souffrance, elle, est générée par mon esprit pollué par la culpabilité et la frustration d’avoir pris un risque. À partir du 23e km, j’observe mes sensations physiques sans les interpréter et j’avance un kilomètre à la fois. Mine de rien, dans cet état d’esprit, en plein marathon, je fais du yoga!

Au 35e km, je ris devant les pancartes où je lis : « Remember, you paid for this! » La douleur n’occupe pas toute la place. Je garde le sens de l’humour et un coin pour la gratitude d’avoir la santé et la résilience pour accomplir un tel défi. Le lapin de 4 h me dépasse, confirmant que je n’atteindrai pas mon objectif. Fière de ma capacité à faire face à la douleur, je regarde ses oreilles s’éloigner et je souris.

Vers la fin, un autre lapin me dépasse. Il ne porte même plus ses oreilles sur la tête! Il est sans doute le lapin de 4 h 10, car je termine mon deuxième marathon en 4h15:15, soit 34 secondes de moins que le premier. Jamais je n’ai éprouvé une aussi grande douleur physique pendant aussi longtemps. Je n’ai pas atteint mon objectif, mais j’ai découvert une capacité d’endurance que je n’aurais jamais soupçonnée!

Après la course, la récupération

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© Isabelle Parisella 2019
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Isabelle Parisella
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