Les chevaux et les mots, qu’ont-ils en commun? Rien, justement. En présence de ces bêtes magnifiques, dimanche dernier, j’ai constaté que l’absence de mots crée un silence salutaire. Étant une amoureuse des animaux et une personne allumée par les activités d’épanouissement personnel, j’ai sauté avec enthousiasme dans l’aventure La Comm au galop proposée par Yoga Salamandre et la Ferme Brio, à Racine, en Estrie. Ce projet, fondé sur les notions de la communication non-violente et de la méthode ESPERE, promet d’outiller les participants pour vivre des relations empreintes d’authenticité et de bienveillance. Jusqu’en juin, à raison d’une rencontre par mois, je marcherai aux côtés de ces compagnons équins aussi calmes qu’imposants qui seront un miroir. Des découvertes intéressantes m’attendent et j’en ai fait une dès la première rencontre.

Le site est vaste et bucolique, les chevaux se promènent tranquillement dans le champ. La vue est apaisante. En silence, je vais à leur rencontre avec les autres participants. Ils marchent, ils mangent du foin ou restent immobiles. Je suis fébrile et j’ai un grand sourire au visage. Ils sont tellement beaux! Je veux les toucher. Un cheval s’avance vers moi. Je recule en vitesse! Sa stature m’impressionne, je me demande s’il va me mordre. Les animaux sont parfois imprévisibles. Il pointe son énorme museau vers moi et commence à le balader sur mon bras. Je suis craintive. J’aperçois une participante juste à côté de moi qui commence à le flatter et le cheval réagit favorablement. Avec joie, je me détends et commence à le flatter à mon tour. J’avais si hâte de m’en approcher!

Après cette première activité, les participants sont invités à partager leur expérience et à voir s’ils peuvent établir un lien entre leur comportement auprès des chevaux et leur façon d’entrer en relation avec les autres. Ces observations sont intéressantes, car elles reposent sur des réactions spontanées, celles dont les participants ne se rendent pas compte, mais qui révèlent des informations précieuses sur leur façon de fonctionner. De plus, les deux animateurs complices, Violaine Fortin, propriétaire de la Ferme Brio, et Martin Dubois, professeur de yoga et formateur de la méthode ESPERE, observent les participants lors des activités et relèvent des comportements et des réactions que les participants ne peuvent voir lorsqu’ils sont en action. D’ailleurs, au cours de l’activité en après-midi, Violaine a remarqué une de mes réactions qui m’a carrément passée sous le nez mais qui portait un message significatif.   

Après le dîner, à mon tour, j’entre dans l’enclos pour faire l’exercice proposé qui consiste à s’approcher de Bella, la splendide jument qui se prête au jeu, et à nommer spontanément les émotions détectées en soi. Je fais l’exercice et Bella ne se préoccupe pas de ma présence. À la fin, avant de sortir de l’enclos, je décide d’aller la flatter. C’est plus fort que moi, j’aime tellement les animaux! Elle ne relève pas la tête, préférant continuer à renifler l’herbe. Je me moque un peu de son manque d’intérêt à voix haute et je me dirige vers la sortie en riant. Cependant, Violaine a vu quelque chose qui m’a complètement échappé.

– Attends un peu, Isabelle, j’ai une question. Comment t’es-tu sentie face au manque d’intérêt de Bella?

–  Je ne sens pas que ça m’a vexée. Elle broute tranquillement. Ce n’est pas grave qu’elle n’ait pas montré d’intérêt. Je peux comprendre.

– Mais tu n’as pas répondu à la question. Comment tu t’es sentie?

– Je ne considère pas que c’est grave. Elle a le droit de faire ce qu’elle veut. Je ne peux pas la forcer.

– J’ai noté ta réaction quand Bella ne réagissait pas. Tu as haussé les épaules en relâchant les bras.

– Ah bon. Je n’ai pas remarqué.

– Ton langage corporel ne semble pas concorder avec ton discours. Est-ce que cela te parle?

– Ah oui, c’est vrai que j’aurais aimé la flatter et qu’elle me fasse un signe. Je suis un peu déçue, mais ce n’est rien! Elle est libre de faire ce qu’elle veut.

Je sors de l’enclos et je rejoue la scène dans ma tête. Je vois défiler les explications que j’ai données au lieu de répondre à la question de Violaine, comme si une part de moi ne voulait pas voir ma déception. Ces explications minimisent mon ressenti, comme si une part de moi le trouve puéril et sans importance et préfère me voir grande, forte et mature. Est-ce une récurrence dans mes relations? Oui. En ai-je payé le prix en termes de satisfaction dans mes relations? Bien sûr. Je suis reconnaissante d’avoir fait cette prise de conscience. J’essaie maintenant d’être davantage à l’écoute de mon ressenti et de l’honorer, car le déchiffrer permet de connaître les besoins derrières les jugements et les émotions et de me donner les moyens d’y répondre.

Les chevaux sont des partenaires merveilleux. Le flegme qui se dégage de leur taille impressionnante m’invite à faire silence afin d’observer ce qui m’habite, un prélude nécessaire à toute communication pour établir un lien satisfaisant. Avec joie, je poursuivrai cette aventure et partagerai mon expérience sur le blogue. La prochaine rencontre a lieu le 10 novembre. Bien hâte de faire de nouvelles découvertes!

Quelques liens intéressants

Méthode ESPERE, de Jacques Salomé

Ferme Brio, à Racine, en Estrie

Spiralis, formation en dialogue authentique et communication non-violente