Le texte qui suit est un court texte écrit par Susane, une femme de 75 ans, avec qui j’ai échangé sur viellir et mourir. Comme écrire est, pour moi, un exercice du coeur et qu’il m’est donc difficile de mettre les mots d’une étrangère sur papier, je lui ai demandé d’écrire elle-même un petit quelque chose. Elle partage donc ici un court texte, qui sera lu par Jeanette Bertrand dans le cadre du projet ‘Écrire son autobiographie’ initié par cette dernière. À travers ce court texte, vous comprendrez bien que Susane n’a pas peur de vieillir.

 »Ce qui me touche dans vieillir, c’est le regard des autre. Le sentiment d’être vu dans mes manques, mes fragilités, mes absences. Etre à nue. L’autre qui me surprend à chercher mes mots, quand je répète la même phrase et à tourner en rond. Il me faut accepter ces changements et développer mon humour. Apprivoiser la vieillesse, les rides de mon visage sont des chemins parcourus. Sur ces routes, il y a un ailleurs, des temps de repos et des temps de défis. Ces rides, ce vieillissement permt des haltes et des non-performances. Sur ces chemins qui ont façonné ma vie, il y a tant de bonheurs. La vie a été bonne pour moi. Je suis née au bon moment. Je suis de tous les courants, de toutes les époques: existentaliste, beatnik, de la révolutione tranquille, baby boomer, hippie et féministe. Je suis la seule gardienne de mon histoire. »

Susane a 75 ans. Elle vit seule, elle a perdu son mari il y a de cela 9 ans. Pour elle, être bien entourée et avoir des projets, lui permettent d’apprivoiser la vieillesse qui, comme elle le dit si bien, a la décence de ne pas arriver du jour au lendemain. Elle me disait aussi qu’à force de cotoyer la mort, autant dans sa vie personnelle que professionnelle, elle avait appris à l’apprivoiser. J’écoute Suzanne, je la lis….mais ma peur ne s’en va pas, elle reste là.

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