Bonjour Susane,

Comment vas-tu ces jours-ci? Comment a été ton année? Toi qui a 75 ans, comment vis-tu la pandémie? As-tu peur? Vis-tu des frustrations? Je te parle de la pandémie, mais il n’y pas que ça. La polarisation de nos sociétés, les enfants surconnectés devant leurs écrans, l’individualisme, les changements climatiques. Ne trouves-tu pas nos temps inquiétants? Comment c’était toi dans ton temps?

Moi plus ça va et plus j’ai envie de m’isoler, de fuire cette société. L’hypocrisie, l’indifférence, la superficialité, l’insouciance, la méchanceté…je les vois partout, je les entend tout le temps. Je ne sais plus où  regarder ni quoi écouter. Je n’ai pas de télé, je me suis déconnectée des réseaux sociaux et mes amis….mes amis ils sont où  ? Probablement occupés à quelque chose de plus important que l’amitié. Je ne sais trop. Heureusement qu’il y en a encore quelques-uns avec qui je peux discuter en toute authenticité. Cette semaine j’ai regardé le documentaire ‘Derrière nos écrans de fumée’. Les réseaux sociaux c’est vraiment nocif Susane, une vraie addiction. Ça ne crée pas que du beau, loin de là. Ça me fait peur, peur à mon coeur de maman, peur au jour où  mon petit coeur voudra passer plus de temps sur son ordinateur qu’avec sa maman. Avant qu’il naisse, je lui ai fais une promesse et je vais la tenir cette promesse. Parole de maman. Nous vivrons prêt de la nature, nous vivrons comme avant, comme dans ton temps Susane…et comme dans le mien…quand j’étais plus petite. Quand j’étais plus petite, j’allais jouer dehors en revenant de l’école. Quand j’étais petite on faisait des choses en famille, parce que personne n’avait d’écran pour aller se cacher.

La pandémie aussi j’en ai marre. Je n’ai pas trop envie de donner mon opinion sur la situation Susane, tu sais pourquoi? Parce que certains vont me lire et me hair. Ça ne me dérange pas vraiment qu’ils me haissent, mais ça me dérange de créer de la haine. Notre monde en a déjà assez de ça tu ne trouves pas. J’aimerais créer de l’amour. Comment on fait pour créer de l’amour Susane? On m’a déjà expliqué, mais ça n’a pas fonctionné. J’aime et on me rejète. Ça fait mal d’aimer et d’être rejetée, ça fait mal de donner tout son amour et ne rien avoir en retour. Petite, j’ai appris que pour être aimée il fallait donner de son temps, il fallait être présent. Maintenant je donne tout mon temps, mais ce n’est pas suffisant. Qu’est-ce qu’ils veulent les gens? Pourquoi c’est toujours moi qui court derrière les gens? Je suis fatiguée Susane, je ne veux plus courrir…je veux m’enfuir. Dans les bois. Loin des gens. Les gens sont décevants.

Est-ce que j’ai l’air dépressive en t’écrivant tout cela Susane? J’espère que non. Car je vais bien. Je prends soin de moi. J’ai une belle petite famille que j’adore et qui emplie mon coeur de bonheur. J’ai de beaux projets et de grands rêves. Mais je m’interroge sur la vie. Je m’inquiète. Je suis un peu triste, mais ne t’inquiètes pas. Je suis sur un chemin, le mien. Je m’étais éloignée, un peu égarée durant ces dernières années, j’ai pris un petit détour, mais me voilà de retour. J’ignore où il me mènera, probablement nulle part, sauf peut-être à la mort…et de là toute la pertinence de profiter du chemin de la vie, de ma vie.

Et toi Susane, comment vas-tu?