Bonjour Josée,

 

Tu me demandes comment je vais? Je vais très bien avec parfois un fond de mélancolie. Vieillir demande des ajustements. Cette dernière année, j’ai perdu deux bonnes amies. La mort est venue. Ça fait réfléchir au temps qui reste. Je suis donc dans l’urgence de vivre le moment présent et de continuer d’avoir des projets. Actuellement, je rédige mon autobiographie et je continue de faire des collages. La création m’aide à passer à travers le temps et à mettre de la beauté dans la vie.

En décembre dernier, j’ai laissé la peur de coté et je suis allée à Yélapa au Mexique, faire une semaine de retraite avec Yoga Salamandre. Ce ressourcement m’était nécessaire. J’y suis restée deux mois et au retour le monde avait changé de couleur. Le monde ne s’appelait plus monde mais coronavirus. Le monde était devenu fou. Un virus venait d’apparaitre sur la planète et on ne savait pas quoi faire avec ce nouveau venu. Le gouvernement a donc décidé que les vieux étaient les personnes les plus à risque. Aux plus de 70 ans, donc moi, sans me demander mon avis, on m’a dit que pour mon bien il fallait m’isoler, il fallait rester chez-moi. Ce que j’ai fait comme tout le monde avant que la femme rebelle se réveille et que je prenne conscience qu’on m’enlevait le droit de choisir et le droit de penser.

Il m’arrive à moi aussi Josée d’être inquiète et de me demander où est le bonheur dans cette société masquée, apeurée de l’autre.

Heureusement, je crois profondément aux jeunes et en l’humain. Tu sais Josée, ceux de ta génération vous avez un véritable talent pour inventer des rituels, pour créer de la beauté et pour transformer le quotidien. Il ne faut pas être nostalgique du passé. Il faut continuer à jouer dehors et à inventer des jeux en famille. Si les enfants sont devant les écrans c’est aussi parce qu’ils sont en manque de parents pour mettre des balises.

Dans une autre lettre je viendrai peut-être te dire pourquoi ce n’était pas mieux dans mon temps. Il faut profiter du rayon de soleil, de l’oiseau que l’on voit pour la première fois, du regard de l’autre, de l’enfant qui apprend à marcher et de recevoir une lettre de Josée. Il faut se prendre par la main, les jeunes et les vieux, pour se dire des mots d’amour. Il est là le bonheur. Il faut juste prendre le temps de s’arrêter et le voir et je t’assure que c’est possible même avant d’avoir 75 ans.

 

Je t’assure que je vais bien.