La semaine dernière, je vous parlais d’ingrédients pour être heureux(se). Je vous parlais de l’importance d’avoir une vie équilibrée ainsi que de la capacité à vivre dans le moment présent qui étaient, selon moi, des facteurs participant au bonheur. Aujourd’hui, j’ai envie qu’on parle d’accomplissement de soi. Est-ce un critère pour atteindre le bonheur, pour vivre heureux? Cela dépendra probablement de votre définition du bonheur. Personnellement, j’ai toujours pensé qu’une grande partie de notre bonheur était nécessairement attribuable à ce que nous faisions dans la vie, à notre travail, à notre façon de gagner notre vie. Vivre de ma passion m’a toujours paru comme étant mon but ultime. J’ai toujours senti ce besoin pressant de donner un sens à ma vie, de faire quelque chose qui rejoigne mes valeurs et me permettent de me sentir bien. Aujourd’hui, je m’interroge à savoir si j’ai vraiment raison.

En 2015, j’ai accompli un grand rêve. J’ai acheté une auberge jeunesse au Costa Rica. Pour moi c’était une grande réalisation, c’était le bonheur dont j’avais toujours rêvé. En 2020, seulement 5 ans plus tard, je vendais mon auberge. Martin, de Yoga Salamandre, a également réalisé un rêve, j’en suis presque certaine, en créant la communauté de Yoga Salamandre. Aujourd’hui, son rêve est à vendre. Si tous les deux nous vivions de notre passion, pourquoi avons-nous donc senti le besoin de passer à autre chose? Vivre notre rêve ne nous a donc pas rendu plus heureux? Je ne peux pas parler pour Martin, mais dans mon cas, je répondrais : Oui, un certain temps. Mais que s’est-il passé pour que cela change? Plusieurs choses se sont passées. Quand le rêve devient réalité, il quitte le domaine du rêve. Et la réalité est souvent bien plus dure que le rêve. Quand on est passionné(e) pour quelque chose on se donne corps et âme, on travaille jour et nuit, on donne beaucoup…parce qu’on aime vraiment ce qu’on fait. Très vite, la fatigue se fait sentir. C’est peut-être une erreur de notre part. Peut-être que si on avait moins donné, notre rêve aurait duré, .je l’ignore. Mais, il n’y a pas que ça. Ce qui a réellement bafouillé mon rêve à moi, ce sont les gens. Dans mon rêve, j’allais recevoir des voyageurs heureux de voyager, des gens ouverts d’esprit et de cœur, des gens respectueux, aimables et sympathiques. La réalité m’a bien vite rattrapée. Je me suis tellement faite critiquée, jugée et comme on dit ‘rentrée dedans’. Les gens ont été méchants, irrespectueux et ingrats. J’ai été impressionnée de constater à quel point les voyageurs pouvaient être chialeurs, frustrés et insatisfaits. Pourtant moi j’étais là à offrir mon sourire et mon aide et à tout faire pour qu’ils passent un agréable séjour. Bref, mon rêve s’est trop vite évanoui. Ça été une grande déception. J’aimais ce que je faisais, j’adorais mes journées et pourtant…. Aujourd’hui je fais autre chose. J’ai des petites jobines ici et là. Je tonds la pelouse. Oui, oui je tonds la pelouse. Je me suis dit que j’allais être bien derrière ma tondeuse, que je n’aurais pas à parler à quiconque et que je serais loin de la critique, du jugement et de l’humeur des gens. Et bien croyez-le ou non, j’ai vu des gens sortir de leur maison et nous crier dessus parce qu’on tond la pelouse trop courte. Vous imaginez? Bien sûr, ça ne m’atteint pas du tout car ce n’est pas mon business à moi, contrairement à quand j’avais l’auberge et que je prenais tout ça personnel. Ça ne m’atteint pas, mais je suis tout de même choquée de voir que des gens sont capables de crier sur les autres pour une question de pelouse. Ça m’attriste, ça me désillusionne, ça me fait réaliser à quel point notre société est brimée. Je réalise que tellement de gens sont pris à l’intérieur d’eux-mêmes avec une telle frustration ou tristesse et qu’ils sont totalement dans l’incapacité de gérer ni même de comprendre ces émotions. Que de temps à autre, ils ne peuvent faire autrement que de déverser leur mal être sur les autres et que ce déversement provoquera bien souvent un malaise chez la personne qui le reçoit. Dans mon cas, tous ces déversements ont enseveli mon rêve.

Aujourd’hui je rêve encore, j’ai d’autres rêves…. mais j’ai toujours cette peur au ventre que mon prochain rêve se voit détruit par la fureur des gens J’ai toujours cette envie de donner un sens à ma vie et je continue de croire que la réalisation de ses rêves, que la réalisation de soi est un élément clé du bonheur. Et je sais que je dois apprendre à ne pas me laisser tant affectée par les évènements extérieurs, car il y aura toujours quelqu’un pour nous critiquer peu importe ce que nous fassions. J’ai dis plus tôt que ce qui avait réellement bafouillé mon rêve, c’était les gens. Mais c’est peut-être aussi moi et mon incapacité à ne pas accepter ce déversement, à ne pas le faire mien. Ou c’est peut-etre un peu des deux.

Namaste.