En communication, l’écoute est hautement valorisée. Auparavant, je croyais que pour écouter je n’avais qu’à tendre l’oreille, me taire et recevoir des paroles. Ce rôle m’a souvent laissée une sorte de doute et d’insatisfaction quant à la qualité de mon écoute. La deuxième rencontre de la série d’ateliers La Comm au galop, animée par Violaine Fortin de la Ferme Brio et Martin Dubois de Yoga Salamandre, m’a fait prendre conscience que l’écoute est un exercice, voire un art, qui s’apprend et un formidable tremplin dans une relation, tant pour la personne qui prononce les mots que pour celle qui les reçoit. Les points importants appris lors de cette rencontre me permettent d’affiner la qualité de mon écoute et d’augmenter la satisfaction dans mes relations. Tous ces points concernent deux éléments essentiels : la conscience de mon état intérieur et le ressenti. Rage, le superbe étalon à l’allure robuste et imposante qui m’attendait dans le bâtiment, a mis en lumière ces éléments fondamentaux.

L’exercice consistait à rester à l’écoute du cheval et à marcher à ses côtés en le tenant par la bride et en le guidant sur un parcours. Un peu craintive, j’ai pris la bride et j’ai commencé à marcher avec Rage. Il remuait constamment son museau, faisant bouger la bride dans tous les sens. Est-il en train de perdre patience? Va-t-il secouer son museau si fort que je vais trébucher dans la boue et me casser le bras? Très tendue, je me retournais sans cesse vers lui, le regard un peu apeuré. Je n’étais clairement pas à son écoute. Il semblait agité et je n’étais préoccupée que par ma sécurité! J’ai fait le parcours le plus rapidement que je le pouvais dans les circonstances. À la fin, j’ai remis la bride au maître de Rage et j’ai rejoint le groupe, heureuse que ce soit terminé.

Violaine a remarqué mon malaise et s’est servie de cet exemple pour mentionner l’importance d’être à l’écoute de soi avant de prétendre avoir les moyens d’être à l’écoute d’une personne. En effet, je me souviens de plusieurs situations où j’ai éprouvé de la culpabilité de ne pas avoir été à l’écoute de certaines personnes et d’avoir ressenti de la frustration envers une personne qui ne m’a pas écoutée comme j’en aurais eu besoin. En me rappelant que la qualité d’écoute requiert des dispositions favorables, comme la sécurité, un lien de confiance et une disponibilité, je laisse tomber les jugements sur moi-même et les autres. Dans une situation où l’écoute est importante, je me pose la question « suis-je disponible? » et je la retourne à l’autre « es-tu disponible? » La disponibilité est certes primordiale à une oreille bienveillante, mais un autre élément peut influer sur la qualité de l’écoute.

Au cours de l’atelier suivant, Martin et Violaine ont signalé un écueil : l’envie de bien écouter. Pourquoi l’envie de bien écouter une personne poserait-elle problème? Pendant l’atelier, j’ai compris que j’ai avantage à prendre conscience de mes besoins et de mes attentes quand je prête mon oreille. Ai-je besoin que mon écoute donne un résultat? Est-ce que je m’attends à trouver une solution ou à faire évoluer la personne? Bref, suis-je en train d’utiliser mon rôle en tant que personne qui écoute pour me valoriser au lieu de me rendre réellement disponible à la personne? Les réponses à ces questions m’aident à clarifier mes intentions. En étant disponible et dégagée de mes attentes et besoins de performance, je peux offrir une qualité d’écoute profonde et alignée sur le ressenti, l’ultime guide à suivre dans toute situation.

Assise en cercle avec le groupe, j’ai découvert une façon d’écouter bienveillante et ancrée dans la réalité, loin des jugements et des interprétations qui perpétuent des états d’esprit destructeurs. En tant que personne qui écoute, je peux observer la personne qui parle de façon globale, c’est-à-dire en remarquant son langage corporel, le ton de sa voix, son regard, etc. Cette observation permet d’écouter une personne au-delà des mots qu’elle utilise et de percevoir son ressenti. Grâce à ma présence en position d’écoute, je peux offrir un précieux reflet à l’autre.

Par exemple, si une personne me dit : « Il m’a fait telle ou telle chose. » ou « Tu m’as dit telle ou telle chose. », au lieu d’embarquer dans l’histoire qu’elle me raconte en approuvant ou en désapprouvant les faits, je peux ramener la discussion dans l’instant présent en lui disant : « J’entends que ça te blesse. » ou « J’entends que tu aurais souhaité autre chose. ». Ou encore, si une personne me dit : « Il m’a dit telle chose, mais ce n’est pas si grave. » et que je perçois dans son regard qu’elle est contrariée, je peux lui retourner un reflet en lui disant : « Es-tu certaine? Je lis une déception sur ton visage. ». L’idée est de ramener la personne à son ressenti dans l’instant présent, en restant fidèle à mes perceptions. Cette façon d’écouter permet de reconnaître les besoins non comblés à la base des conflits. Les situations ne sont peut-être pas réglées, mais la charge émotionnelle qui les entoure est désamorcée, car les besoins ont été mis en lumière et une nouvelle clarté permet de trouver une solution pour y répondre.

Ce type d’écoute demande de la pratique, mais je suis profondément convaincue qu’il permet d’augmenter grandement la satisfaction des relations. Je suis heureuse d’avoir découvert une façon d’écouter qui élève la conversation au-dessus des opinions et des jugements et libère la voie vers la prise de conscience du ressenti et des besoins sous-jacents, une zone où je m’aventure souvent avec difficulté, mais l’endroit où se trouve ma liberté. 

© Isabelle Parisella 2019
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